Mon enfant fait des crises : comprendre et désamorcer

L’essentiel
- Les crises de colère font partie du développement normal de l’enfant : c’est un débordement d’émotions, pas un caprice.
- Sur le moment, votre calme est le meilleur outil : accueillez l’émotion, encadrez le comportement, parlez peu.
- On peut prévenir en soignant la routine, le sommeil, les collations et les transitions annoncées d’avance.
- Consultez si les crises sont très intenses, très fréquentes, persistantes ou qu’elles nuisent au quotidien.
Vous êtes au supermarché, la file est longue, et votre enfant s’effondre au sol en hurlant parce que vous avez refusé une friandise. Ou c’est l’heure du dodo, du bain, du départ pour la garderie… et tout bascule. Si vous vous êtes déjà demandé, en pleine tempête, ce qu’il faut vraiment faire devant une crise de colère chez l’enfant, sachez d’abord une chose : vous n’êtes pas seul, et ce n’est pas le signe que vous êtes un mauvais parent.
Les crises font partie du développement normal de l’enfant. Elles sont éprouvantes, parfois embarrassantes en public, mais elles racontent quelque chose. Comprendre ce qui se passe dans la tête de votre enfant change complètement la façon d’y réagir — et souvent, cela suffit à faire baisser la pression, pour lui comme pour vous.
Pourquoi les enfants font-ils des crises?
Une crise n’est pas un caprice calculé pour vous manipuler. C’est presque toujours le débordement d’un système encore en construction.
Le cerveau de l’enfant se développe pendant de nombreuses années, et la région responsable de la régulation des émotions — celle qui permet de se calmer, de patienter, de nuancer — est parmi les dernières à mûrir. Autrement dit, votre enfant ressent des émotions énormes bien avant d’avoir les outils pour les gérer. Quand la frustration, la fatigue ou la déception dépassent sa capacité du moment, ça déborde. La crise, c’est ce débordement.
Les déclencheurs les plus fréquents sont souvent très concrets :
- La fatigue et la faim, qui réduisent la tolérance à presque zéro;
- Un besoin de contrôle, chez un tout-petit qui découvre qu’il est une personne à part entière;
- La difficulté à mettre des mots sur ce qu’il vit, surtout avant 4 ou 5 ans;
- Un changement de routine, une transition (arrêter de jouer, quitter un lieu) qui arrive trop vite;
- Un trop-plein de stimulation — bruit, foule, écran, fin de journée chargée.
Voir la crise comme un signal plutôt que comme une provocation, c’est déjà se donner une longueur d’avance.
Crise de colère chez l’enfant : que faire sur le moment?
Dans le feu de l’action, personne ne réfléchit à froid. Voici des repères simples à garder en tête pour désamorcer sans envenimer.
1. Devenez le point d’ancrage
Votre enfant est submergé; il a besoin d’un adulte stable, pas d’un deuxième volcan. Plus facile à dire qu’à faire, on le sait. Respirez lentement, baissez le ton, descendez à sa hauteur. Votre calme n’est pas de la faiblesse : c’est le message rassurant que la situation reste sous contrôle, même quand lui ne l’est plus.
2. Accueillez l’émotion, encadrez le comportement
On peut reconnaître ce que l’enfant ressent sans tout accepter. Nommer l’émotion l’aide à se sentir compris : « Tu es vraiment fâché qu’on doive partir, je comprends. » Cette phrase ne cède rien, mais elle apaise. En même temps, la limite reste claire : on accueille la colère, pas les coups ni les objets lancés. Émotion permise, geste encadré.
3. Réduisez les mots et le décor
En pleine crise, les longues explications ne passent pas — le cerveau de l’enfant n’est tout simplement pas disponible pour raisonner. Parlez peu, utilisez des phrases courtes, et si possible réduisez les stimulations : quittez le rayon bondé, éloignez-vous du bruit, offrez un coin plus tranquille. Parfois, la meilleure intervention est simplement une présence silencieuse et rassurante à côté.
4. Attendez que la vague redescende
Une crise a un début, un sommet et une fin. Aucune leçon ne s’apprend pendant le sommet. Une fois le calme revenu, c’est le moment d’un câlin, d’un mot doux, puis — plus tard, à froid — d’une courte discussion sur ce qui s’est passé et sur ce qu’on pourra faire la prochaine fois.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Certaines réactions bien intentionnées ont tendance à nourrir la crise plutôt qu’à l’éteindre :
- Crier plus fort pour couvrir la crise : cela augmente l’intensité au lieu de la calmer.
- Céder pour avoir la paix : le soulagement est immédiat, mais l’enfant apprend que la crise fonctionne.
- Menacer ou humilier, surtout devant les autres : la honte n’apprend pas à se réguler, elle abîme le lien.
- Vouloir raisonner en plein cœur de la tempête : gardez les explications pour après.
Personne n’applique tout cela parfaitement, et ce n’est pas le but. Un parent qui perd patience de temps en temps, puis qui répare ensuite, reste un parent sécurisant.
Prévenir : moins de déclencheurs, moins de crises
Une bonne partie du travail se fait en dehors des crises. Des routines stables et prévisibles, un sommeil et des collations suffisants, des transitions annoncées à l’avance (« Encore cinq minutes, puis on range »), et de petits choix offerts à l’enfant pour nourrir son besoin d’autonomie : tout cela réduit le terrain propice aux débordements. On n’élimine jamais les crises complètement — et c’est normal — mais on peut en abaisser la fréquence et l’intensité.
Quand consulter?
Les crises font partie du développement, mais certaines situations méritent l’accompagnement d’un professionnel. Il peut être utile de consulter lorsque :
- les crises sont très fréquentes, très intenses ou très longues pour l’âge de l’enfant;
- elles persistent ou s’aggravent au fil des mois plutôt que de s’atténuer;
- l’enfant se fait mal, blesse les autres ou brise des objets de façon répétée;
- les crises nuisent à sa vie à la maison, à la garderie ou à l’école;
- vous vous sentez dépassé, épuisé ou seul devant la situation.
Consulter n’est pas un aveu d’échec, au contraire : c’est se donner, et donner à son enfant, des outils adaptés. Un psychoéducateur peut observer ce qui déclenche et entretient les crises, puis bâtir avec vous des stratégies concrètes, à la maison comme dans le quotidien réel de l’enfant.
On peut vous accompagner
Chez Soutiensolutions, nos psychoéducateurs et psychoéducatrices accompagnent les familles à travers ce genre de défis, en coaching parental ou en suivi individuel avec l’enfant. Découvrez notre approche en psychoéducation pour enfants, ou parlez-nous directement de votre situation.
Envie d’en parler ou de prendre rendez-vous?
Prendre rendez-vous
Nous contacter
Ou composez le 1-844-528-0011 (sans frais)
Références et ressources
- Naître et grandir — Crises de colère : les comprendre pour mieux intervenir
- Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OPPQ)
- CHU Sainte-Justine — Développement de l’enfant
À propos de l’auteure
Cet article a été rédigé par Marie-Josée Hébert, psychoéducatrice et fondatrice de Soutiensolutions. Voir son profil complet.





